Les États de l’Union européenne entrent dans la mise en œuvre du règlement sur la restauration de la nature. D’ici à 2030, les mesures devront couvrir au moins 20 % des terres et 20 % des mers de l’UE. Mais restaurer un écosystème va bien au-delà de la plantation d’arbres.
Le 1er septembre 2026 constituait une échéance importante pour la nature européenne : les États membres devaient transmettre à la Commission leurs projets de plans nationaux de restauration. Ces documents doivent traduire les objectifs européens en interventions concrètes sur le terrain. La Commission présente cette étape comme un jalon majeur de l’application du règlement.
Il ne s’agit donc pas encore de compter les forêts régénérées, les cours d’eau renaturés ou les habitats rétablis grâce à cette législation. Les objectifs européens doivent maintenant devenir des programmes nationaux vérifiables, avec des actions jusqu’en 2030 et une perspective stratégique allant jusqu’à 2040 et 2050.
Le point de départ justifie cette ambition. Dans l’évaluation de l’Agence européenne pour l’environnement fondée sur les données des États membres pour 2013-2018, 81 % des évaluations des habitats protégés dans l’UE indiquaient un état de conservation médiocre ou mauvais. Seules 15 % concluaient à un bon état.
Ce que prévoit réellement le règlement sur la restauration de la nature
Entré en vigueur en août 2024, le règlement européen, souvent appelé Nature Restoration Law, fait évoluer la réponse à la perte de biodiversité. Protéger ce qui subsiste reste indispensable, mais il faut également restaurer les écosystèmes déjà dégradés.
L’objectif général porte sur des mesures couvrant, à l’échelle de l’Union, au moins 20 % des surfaces terrestres et au moins 20 % des surfaces marines d’ici à 2030. À l’horizon 2050, elles devront concerner tous les écosystèmes ayant besoin d’être restaurés.
Pour certains habitats terrestres, côtiers et d’eau douce qui ne sont pas en bon état, le texte prévoit aussi une progression : les mesures doivent couvrir au moins 30 % de la superficie concernée d’ici à 2030, puis atteindre les objectifs fixés pour 2040 et 2050 selon les modalités du règlement.
Le mot essentiel est « mesures ». Ces pourcentages ne signifient pas qu’un cinquième de l’Europe aura retrouvé un état naturel idéal en 2030. Ils désignent les surfaces sur lesquelles les actions prévues devront être mises en place. Cette distinction est essentielle pour apprécier les résultats à venir.
Infographie illustrative générée par intelligence artificielle : elle ne documente pas un chantier réel ni un résultat déjà obtenu.
Restaurer la nature, ce n’est pas seulement planter des arbres
Une rangée de jeunes arbres fraîchement plantés est souvent la première image qui vient à l’esprit. Pourtant, un écosystème ne se résume pas à ses arbres et la restauration ne se confond pas avec le reboisement.
Le règlement concerne les milieux terrestres et marins, les rivières et les lacs, les forêts, les zones humides, les prairies, ainsi que les écosystèmes agricoles et urbains. Il prévoit également des actions pour les pollinisateurs et pour la biodiversité des milieux forestiers et agricoles.
Dans une rivière, restaurer peut consister à rétablir la continuité du cours d’eau en supprimant des obstacles artificiels devenus inutiles. L’Union vise ainsi à contribuer au rétablissement d’au moins 25 000 kilomètres de cours d’eau à courant libre d’ici à 2030.
Dans une zone humide, il peut s’agir de retrouver un fonctionnement hydrologique perturbé. Dans un paysage agricole, l’attention peut porter sur la diversité du vivant et les éléments du paysage. En ville, les espaces verts et le couvert arboré font aussi partie du sujet.
Parfois, la restauration passe par une réduction des interventions : diminuer les pressions humaines peut permettre aux dynamiques naturelles de reprendre. Le choix dépend toujours du milieu et des causes de sa dégradation.
Un habitat n’est donc pas un décor à reconstruire. C’est un ensemble de relations entre l’eau, les sols, les végétaux, les animaux et les processus écologiques, qui doivent retrouver un fonctionnement cohérent.
La rivière Nera, photographiée par Niels Baars / Unsplash. Image d’illustration, sans lien établi avec un projet de restauration présenté ici.
Pourquoi l’Europe a décidé d’agir
Le chiffre de 81 % doit être lu avec précision. Il ne signifie pas que « 81 % de toute la nature européenne » serait dégradée : il concerne les évaluations des habitats d’intérêt communautaire protégés par la directive Habitats, pour le cycle 2013-2018.
Le constat reste préoccupant. Parmi les pressions figurent l’agriculture intensive, l’urbanisation, la pollution, certaines pratiques forestières non durables et le changement climatique. Pour les eaux de surface, le bilan européen publié par l’AEE indique qu’en 2021, seules 38 % des rivières, lacs, eaux de transition et eaux côtières présentaient un état écologique bon ou très bon.
Restaurer ces milieux sert aussi la régulation de l’eau, la santé des sols, le stockage du carbone et la résilience face aux sécheresses, aux chaleurs extrêmes, aux incendies et aux inondations. Tous les projets ne produisent toutefois pas automatiquement l’ensemble de ces bénéfices. Le lieu, l’état initial, les techniques employées et la gestion dans la durée comptent.
Du règlement européen aux plans nationaux
Chaque pays doit identifier les surfaces concernées, estimer les besoins, décrire les mesures et articuler son plan avec l’agriculture, la gestion de l’eau, les forêts et les politiques marines. Le public et les parties prenantes doivent pouvoir participer à sa préparation.
Les projets remis en 2026 ne sont pas les plans définitifs. La Commission, appuyée par l’AEE, dispose de six mois après leur réception pour les évaluer et formuler ses observations. Les États doivent ensuite en tenir compte pour finaliser leurs documents selon la procédure prévue.
Une stratégie écrite constitue ainsi un point de départ. Son efficacité environnementale devra être appréciée à travers sa mise en œuvre et son suivi.
Et en France ?
La France prépare son plan national « Agir pour restaurer la nature ». La page officielle du ministère décrit une élaboration associant plusieurs ministères, les territoires et les instances consultatives nationales.
Après une concertation préalable sous l’égide de la Commission nationale du débat public, une concertation continue accompagne la préparation du texte. Le travail territorial s’effectue avec les conseils régionaux, sous l’égide des préfets de région.
Au moment de la rédaction, le portail officiel annonce une participation du public par voie électronique prévue en octobre 2026, après l’évaluation environnementale. Il présente donc une démarche encore en construction. Ces informations ne permettent pas, à elles seules, d’affirmer que le plan définitif a été approuvé ou que le projet a déjà été transmis à Bruxelles.
La Soča, photographiée par Blaz Erzetic / Unsplash. Image d’illustration : elle ne constitue pas une preuve des effets du règlement.
Une transformation qui pourra aussi se raconter en images
La restauration écologique a une particularité : elle peut devenir visible. Une berge réaménagée, une zone humide à nouveau inondée, une forêt plus diversifiée ou une rivière libérée d’un obstacle peuvent être observées au fil des années.
La photographie peut alors aller au-delà du paysage spectaculaire. Photographier le même lieu à plusieurs années d’intervalle, si possible depuis le même point et à une saison comparable, permet de constituer une mémoire visuelle du changement. Cela ne remplace pas les indicateurs scientifiques, mais aide à les comprendre et révèle des détails qu’un pourcentage ne raconte pas.
Il n’est pas nécessaire de chercher une nature immaculée. Un canal renaturé, une tourbière, une prairie, une haie en bordure de champ ou un petit bois urbain peuvent témoigner de processus tout aussi intéressants.
2030 approche, mais restaurer prend du temps
Le règlement a transformé une ambition générale en obligations, échéances et procédures communes. Les plans nationaux doivent désormais donner une forme concrète à ce cadre dans les territoires. Un plan adopté n’est pourtant pas encore un écosystème restauré.
La qualité des interventions, leur financement, la continuité de la gestion et les résultats mesurables seront déterminants. Il faudra vérifier l’évolution des habitats et des espèces, la continuité des rivières et le maintien des améliorations dans le temps.
La prochaine fois que vous photographierez une rivière, une forêt, une zone humide ou un espace vert de votre ville, conservez le lieu, la date et le point de prise de vue. Dans quelques années, cette image pourra devenir un petit document sur les transformations du territoire européen.
À propos des images : Nera, Niels Baars / Unsplash ; Soča, Blaz Erzetic / Unsplash. Les photographies illustrent des milieux naturels sans documenter des réalisations attribuables au règlement. L’infographie a été générée par intelligence artificielle à des fins d’illustration.
Sources
EUR-Lex, Règlement (UE) 2024/1991 — Texte juridique, objectifs et procédure des plans nationaux.
Commission européenne, Nature Restoration Regulation — Présentation du cadre européen.
AEE, State of nature in the EU 2020 — Évaluations des habitats pour 2013-2018.
AEE, State of Europe’s biodiversity, 2025 — État des écosystèmes et des eaux de surface.
Commission européenne, EU countries submit draft plans on restoring nature — Actualité du 1er septembre 2026.
Biodiversité.gouv.fr, Le plan national Agir pour restaurer la nature — Élaboration et participation du public en France.